Le mail
Chère madame,
Je vous remercie de votre proposition.
Sans trop tarder je vous réponds pour vous dire que le sujet envisagé de m’attire pas du tout,
Ce serait même plutôt le contraire.
Très cordialement à vous
Le nom de l'auteur de ce mail a été supprimé
La rapidité est-elle bénéfique à l’écriture? Peut-on quand on se veut, quand on est, quand on se dit, un grand parmi les grands, laisser derrière soi des mails aussi fautifs? Est-ce parce qu’on est écrivain, philosophe, poète, dramaturge, qu’on s’occupe d’histoire, d’histoire de l’art, de philosophie, est-ce pour cela qu’on devient si contradictoire avec soi-même?
peut-on s’arroger le droit d’être arrogant avec le petit personnel?
La fausse politesse est insulte.
Et où est passée le M de Madame?
Il bégaye, mais tout art est un bégaiement
Il se contredit, mais la contradiction est le chemin de toute philosophie
Il t’écrase, te piétine de tout son coeur, mais l’antithèse, voire l’oxymore, est la figure essentielle de la poésie
Il y met du coeur à l’ouvrage, très très fort
Il est rapide, il est si occupé et généreux de te répondre « sans tarder », il aurait pu ne jamais te répondre
Il laisse son lecteur dans l’indécision, les supputations, l’interprétation, parce que en toute logique, si la première proposition, dit que cela ne l’attire pas du tout, et que la seconde proposition dit que c’est tout le contraire,
alors le contraire de
« le sujet envisagé ne m’attire pas du tout"
devrait être
« le sujet envisagé m’attire tout à fait / au plus haut point. »
C’est tout l’art de l’écrivain moderne que de déstabiliser son lecteur en se jouant des règles de la grammaire
Non, c’est juste quelqu’un qui ne relit pas ses mails, parce qu’il faut se débarrasser au plus vite des importuns, des imbéciles, des projets menées par une petite maison d’édition inconnue et certainement sans intérêt.
Je ne vous complimente pas JCB.