QUAND LES AUTEURS SONT DES PERSONNAGES
Biographie de quelques auteurs du Lampadaire.
2. Joseph Pasdeloup
NOUVEAUTÉS
BIOGRAPHIE LAMBERTIENNE DE JOSEPH PASDELOUP

Joseph Pasdeloup avait été un enfant maussade. Son père, être exécrable, imbu de lui-même, alternait crises d’autorité et démonstrations de tendresse. Pour échapper aux ordres absurdes et à la mélasse sentimentale, le jeune Joseph Pasdeloup (que son père appelait, lors de ses accès d’affection, Josephette ou Josy) se réfugia dans la lecture et particulièrement celles des livres de mythologie. Échapper ? Il le crut longtemps.

Enfant, il connaissait tous les noms des dieux et déesses de la mythologie gréco-latine, leurs destins, leurs légendes. Adolescent, il insista pour étudier le latin et le grec, ces deux langues qu’on lui disait mortes. Attrait pour la mort, goût de l’inutile, apprentissage d’une langue qui lui garantissait l’impossibilité de communiquer ? Quelle fut sa motivation profonde, il se refusa toujours à le dire, mais le fait est qu’il excella dans l’étude de ces langues qu’il disait imparlables.

Fort de ses connaissances livresques, il s’attaqua, avec un enthousiasme inhabituel, à la représentation picturale de ses héros. Il commença par peindre Jupiter. Mais ce portrait (en pied) déclencha un tel fou rire chez les membres de la famille Pasdeloup, que son élan fut arrêté net. Précisons qu’un ami de la famille possédait un chien, un colosse de la race des Mastiff, nommé Jupiter. Lorsque, fièrement, sa peinture à la main, Joseph avança vers ses parents et annonça « J’ai peint Jupiter », tous pensèrent voir l’extraordinaire animal ; ils virent le grand Zeus-Jupiter lanceur de foudre, un éclair à la main. Ils rirent.
De quoi, se demanda Joseph, de l’écart abyssal qu’il y a entre un chien même mastoc et le roi des dieux, de la maladresse de sa production, de sa bizarrerie mythologique, de la bêtise qu’il y a à donner un nom de dieu à un chien? Non, Joseph le comprit aux quelques phrases qu’il prononcèrent, ils rirent à l’idée que, sans le savoir, lui, le récalcitrant Joseph, venait d’honorer la suprême autorité, celle du père.

Joseph, catastrophé par cette interprétation qui ruinait tous ses efforts, retourna à la maussaderie. Il réalisa que tout acte est porteur d’une charge symbolique, que créer, parler c’était donner le champ libre aux interprétations malveillantes, ironiques, faciles. La peinture c’est fini, dit-il. Restons improductif. Mieux vaut être le chercheur que le cherché.

Cet épisode eut une autre conséquence, tout aussi décisive, sur son rapport au monde : lui qui connaissait toutes les métamorphoses des dieux, il n’avait encore jamais pensé que les animaux qu’il croisait pouvaient être une de leurs incarnations. Depuis cette révélation, Joseph Pasdeloup se mit à hanter les zoos pour chercher chez les animaux ce qu’il ne trouvait pas chez les hommes : la divinité.

Jeune homme, en quête d’indépendance il arpenta nuitamment la ville à la recherche des animaux de papier que des peintres, va savoir pourquoi, marouflaient sur les murs arlésiens. Il voulait commencer une collection, s’emparer de ces figures qu’il ne s’accordait pas le droit de peindre lui-même. Il n’y parvint pas : les décoller c’était les déchirer. Ils appartenaient aux murs, les en ôter c’était les priver de leur sens. Au lieu de les thésauriser, il leur rendit alors hommage in situ, cherchant à entrer dans leur histoire. Il déposa des offrandes devant l’image d’un chien, un chien loup sans doute, noir sur fond blanc, qui semblait garder l’entrée d’un hôtel particulier, il lui reconnaissait une âme car il s’appelait Sam (son nom était noté en haut à droite). Il chercha à ouvrir la porte verte à vulgaire serrure dorée sur laquelle était apposé un cheval-poney rayé vert, blanc et bleu, la gueule tournée vers le passant comme l’invitant à entrer : la porte ne s’ouvrit pas. Il resta pétrifié, terrorisé devant un reste d’orang outang, bras accroché aux barreaux de la cage que semblait dessiner le reflet d’une fenêtre dans une autre fenêtre, un évadé peut-être atteint en pleine course, en plein cœur, le corps déchiqueté, cadavre accroché tragiquement à la prison qu’il tentait de fuir. Il s’appelle Gogo, l’inscription funéraire se lit sur le rebord du muret.
Quelles sont ces traces, vestiges, qui les dessine ? Pourquoi ces images ?

C’est pour répondre à ces questions, qu’il se décida à écrire.

Adulte, il publie au Lampadaire des textes dans lesquels on retrouve son obsession pour la mythologie et pour les images. Il continue ses visites au zoo, à la recherche de la déesse, de l’ondine, de la muse prise au piège animal. Il rencontre Maria Rantin en grande conversation avec un insecte.

« Un dieu peut-il vraiment se métamorphoser en insecte ? »

C’est la question que Joseph pose à Maria.

Hubert Lambert
Travail en cours, pour Le Lampadaire




































































Les textes de Joseph Pasdeloup publiés au Lampadaire sont ici et ici.