LARMES
Les larmes de Niobé
COLLECTION DES NOUVEAUTÉS
LES LARMES DE NIOBÉ


Entassés dans le métro,
ils se disputaient le peu de place qui les séparaient
les uns des autres
les uns sans les autres.

Entassés comme l’imposent les bonnes manières
de chaque matin
noyé de rêves matinaux
inutiles.

Je me faufile entre la jeune-fille au sac-à-dos
et le garçon en chemise blanche.
Je me faufile entre les décibels qu’imposent les
bonnes
manières matinales.

Petite taille,
cheveux ondulés,
myope,
je l’ai vue.

Elle n’écoutait pas de musique.
Elle ne lisait pas.
Elle ne consultait pas son portable.

Elle pleurait.

Indécente,
elle pleurait un matin
de bonnes manières.

Sur ses joues
des larmes glissaient
lentement. D’autres hurlaient
au travers la vitre d’une jeunesse
transmuée
en un lieu commun.

En ce lieu quelconque
dans un wagon de métro
des larmes aveugles se serraient
déplacées
entre les miennes
qui, lâches, n’ont pas tiré le signal l’alarme.

La sonnerie n’a pas retenti.
Je n’ai pas retiré mes écouteurs. Je n’ai pas bougé.
Je n’ai pas dérangé le monde en ce matin
de règles de politesse et de bonnes manières.

Mais, en quittant le wagon, elle m’a souri et mon
monde
s’écroula.

Léonardo Tonus
Agora vai ser assim (Désormais il en sera ainsi) éditions Nos, 2018
Traduction Léonardo Tonus