être face à un réverbère
ma pauvre grosse dame désespérée
face au mur et face au réverbère
le dos au mur et face au réverbère
personne ne l’aime même pas sa fille
qui la traite avec mépris et a un plus gros chien qu’elle n’en a un.
Son chien à elle est déjà transformé, par ses pattes avant, en banc.
Il succombera sous son poids, c’est sûr.
A moins qu’elle ne s’élève par le haut et élucide le mystère de cet œil là-haut
œil de bœuf
blanc
qui par l’intermédiaire du lampion du réverbère à la couleur artificiellement rose lui permettrait peut-être d’adapter sa propre couleur chair, la couleur vénitienne du banc, les grosses fleurs de sa robe pauvre caraco à ce blanc là-haut, éthéré et accroché à rien.
Mais le poids est trop lourd
la tige du lampadaire n’indique pas la bonne direction,
n’est pas le chemin
et elle sait qu’elle n’arrivera à rien.

Etre face au réverbère, cousin du lampadaire, et l’interroger en vain.

Fred Lucas, texte et photo.


















LE RÉVERBÈRE DE NERVAL
Etre face à un lampadaire
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